dimanche, 11 novembre 2007

La pièce 10 Fr.

 

La pièce 10 balles

 

Il arrive que des pièces de 10 francs refassent une apparition éclaire au péage. Celles qui passent entre les mailles du filet (les mains du péagiste) repartent la majeure partie du temps dans le circuit..

Cependant, il faut avoir l'oeil aguérri pour en voir une se dissimuler au milieu d'un petit lot de métal.

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Il m'est arrivé de me rendre compte qu'on m'avait filé une pièce 10 balles quelques secondes après que la voiture ne reparte; le léger sourire du conducteur aurait dû me mettre sur la piste. Je passe alors la tête par la fenêtre pour le féliciter tandis qu'il me regarde par son rétroviseur. Ca ne dure pas bien longtemps mais c'est sympa.

 

Et puis, il y a le live. On se rend compte et un dialogue s'engage :

« -non, c'est une pièce de 10 francs que vous m'avez mis là.. Je vous la redonne, vous la refourguerez bien dans une boulangerie..

-vous croyez ?

-Oui.. ou sinon au prochain péage ! » Et hop ! Dans le circuit.

 

lundi, 05 novembre 2007

Un petit peu de 75

 

Je n'ai pas l'habitude de m'en prendre aux Parisiens; leur réputation fait le reste.

Cependant, ce matin, un Monsieur se présente à mes côtés. Il abaisse son carreau et me dit, texto : « Télépéage » Voici le reste de la conversation..

 

« -Oui, monsieur, bonjour.. Il faut le décrocher et me le passer..

-Mais -'bonjour'- attendez.. (il attrape son TIS) Vous n'êtes pas équipé de voie pour ça ? Mais c'est n'importe quoi.. (le ton monte, mais sans agressivité dans sa voix)

-(je prends son Tis et le passe sur la borne équipé à cet effet dans ma cabine et je le garde en main..) Ah mais, regardez Monsieur ! On est en train de faire des travaux exprès pour vous.. (je lui montre de la main et du regard la gare à ma droite) Bientôt, grâce à cette petite chose, il n'y aura plus de péagiste..

-Ce n'est pas mon problème ! Je peux vous dire que moi, je fais beaucoup de kilomètres par an et c'est bien la première fois qu'on me demande ça ! (léger agacement parce qu'il ne pouvait pas s'en aller sans sa petite boîte magique)

-Eh bien, monsieur, je pense -sincèrement- que ce sera la première et la dernière fois.. (ton de la tragédie, avec un soupçon de comique; je lui rends son Tis) On supprime notre emploi au profit des machines..

-Ah mais Monsieur.. (il démarre pour s'en aller) Ca va plus vite !

-Evidemment ! Merci, au revoir.. »

 

Avec une petite fierté personnelle de lui avoir fait -un peu- perdre de son temps.. Je suis payé à l'heure après tout, pas à la pièce. Quoique..

 

samedi, 27 octobre 2007

La petite souris (fâble)

Il était une fois un renard qui vivait pas loin de nous; il était une fois des hirondelles qui n'habitaient pas loin de nous.

Il était une fois des excursions, dans le silence de la nuit. Là, à l'heure où il n'y a plus de voiture; là, une petite souris traversait les voies au péril de sa vie de petite souris. Il était une fois, la petite traversée de la petite souris.

 

Et comme pour toutes les histoires, il faut une fin :

La petite souris avait faim, le renard boitait, les hirondelles avaient déménagés..

La gare venait d'être automatisée.

Adieu, merci.

mardi, 23 octobre 2007

acrobatie péagistique


Il peut arriver que des camions dont la cabine est en hauteur nous rendent la tâche plus difficile qu'il n'y paraît; en effet, il faut effectuer une pirouette pour attraper le ticket puis le moyen de paiement de ces véhicules (on les appelle p.l pour poids lourds). La medecine du travail vous dirait le plus grand bien de cette pratique, tant elle cause de méfaits aux colonnes vertebrales.

 

Il n'empêche que la palme de la gymnastique revient aux véhicules légers (les v.l). Dans la plupart des cas, l'automobiliste lambda tendra son ticket avec son bras droit. Ce mouvement apparemment sans conséquence cache davantage dans sa signification : le ticket lui est donné par son bras droit, à savoir sa femme. La maxime « ticket perdu, trajet foutu » disparaît peu à peu ainsi, mais la réplique « utilisez votre main gauche » raisonne encore maladroitement. Merci, au revoir.

samedi, 13 octobre 2007

Du bon usage du titre de transit

Ce morceau de 8cm par 5 est le sésame pour passer la barrière. Rapellons que le passage du péage s'effectue en deux temps:

-On donne son ticket au péagiste/On introduit son ticket dans une machine

-On s'aquitte du montant du trajet/On introduit sa carte bancaire.

 

Que se passe-t-il si on perd ce ticket ?

Allez, qui n'a jamais coincé son ticket dans son pare-soleil; malencontreusement perdu alors que la vitre gauche était ouverte, le soleil et vous aussi à l'ouest par un bel après-midi sur autoroute.. Ce morceau de quelques centimètres glissé au-dessus de l'autoradio, près du tableau de bord et qui se sera egaré entre deux jointures; ce petit bout de papier qu'aux gens qui ne comprennent pas le péagiste mime en joignant ses deux mains pour former un petit rectangle..

Allez, je sais que cela arrive souvent..

Et puis il y a ceux qui avouent l'avoir perdu et qui le retrouvent quelques secondes plus tard; ceux qui démontent leur autoradio de l'habitacle pour le rattraper..

Que se passe-t-il si on perd son ticket ? Alors, pas de problème, c'est une réplique que j'affectionne:

« je suis désolé, mais c'est le tarif le plus cher.. » Votre réplique est en général sous le coup de la colère, mais je ne peux pas vous en vouloir. Et je me mets un peu à votre place; il est tellement plus simple de s'en prendre à un employé plutôt qu'à un système..

D'ailleurs, vous ne pouviez pas le savoir, c'est inscrit au dos.. Qui prend le temps de retourner son ticket et lire cette prescription :

«Conserver ce titre de transit, il vous sera demandé en gare de sortie.

Pas de titre de transit = Trajet le plus cher. »

 

Bon voyage... et, gardez votre billet avec vous. Au revoir, merci...

mardi, 02 octobre 2007

passer du pareil au pas même

Bonjour. A chaque fois que je retourne travailler, je me dis cette phrase : c'est toujours pareil. Un sentiment de routine m'envahit alors jusqu'au plus profond de moi; dans la solitude de l'être qui travaille se côtoie une multitude de situations qui passent en un instant comme passe le vent. Un vent pollué, d'ailleurs.

A chaque fois que je m'en retourne travailler, je me redis cette phrase : ils n'ont pas leur pareil, ce travail n'est qu'un appareil, je suis un appât réel, au capitalisme et à la productivité. Les voitures défilent et je ne suis qu'un arrêt, je ne suis qu'une main tendue attendue non pas au tournant mais bel et bien en file indienne. J'ouvre la paume, j'ouvre la bouche, je montre mes dents, je remonte les joues de chaque côté de mon visage. Je vois une couleur, j'entre un chiffre et puis non, je ne l'entre pas, je fais confiance à ma mémoire, je cherche dans les rangées de pièces celles qui feront une somme, je cherche et j'additionne. Je ferme la paume, je la tends, j'ouvre la bouche, je montre mes dents alignées et pas blanches, je remonte les joues de chaque côté de mon visage. J'ouvre la paume, je rends une couleur, plusieurs morceaux de métal avec des numéros dessus. Je regarde les dessins sur les pièces, les dessins sur les visages des voitures, les pneus, les autocollants, la plaque qui la suit, les visages qui attendent. Je vois des visages qui cherchent, parfois des mots mais souvent des morceaux manquant à une somme. Ce qui s'additionne est une tranche de vie, l'espace temps de la moitié d'une minute. Des tranches fines, des tronches affinées, d'autres avinées, des tranches épaisses et pire, des lourdes, des tronches tirées, fatiguées, qui font la gueule, qui râlent sans ouvrir la bouche, qui ne montrent pas leur dent mais qui aboient. Elles ont toutes une paume, il manque parfois un doigt, c'est parfois à deux doigts de tout faire tomber. Il manque parfois un morceau de bras, des vrais ongles, de politesse, de finesse, d'humanité. On s'échange des morceaux de métal, des grands des petits, des moyens qui sont tous de paiement quoiqu'il se passe, on montre nos dents sans toujours remonter nos joues le long de nos visages. Ca dure pas bien longtemps, mais ce n'est jamais pareil.  

A chaque fois que je travaille, je ne sais pas ce que je cherche. Je ne sais pas où vont ces visages, d'où ils viennent, je doute parce que je ne connais pas encore par coeur mes départements. Enfin si, je sais d’où ils viennent, j’ai la gare d’entrée, je suis en quelque sorte la gare de sortie. Je presse un bouton qui ouvre une barrière possible à la continuité d’un voyage. Quand je prend mes fonctions, j’appuie sur un autre bouton qui met un feu au vert. Ma voie est ouverte, mon visage est fermé. S’avancent mes premiers clients, qu’on appelait autrefois aussi, des usagers. A la question de savoir ce que l’on me doit, j’ai envie de répondre aux cravatés, le respect, aux riches, une broutille, aux sourds, par des mouvements de lèvres. Quand je travaille, je prononce deux syllabes, j’ouvre la paume, j’attrape un ticket, je lève les yeux à un écran, je prononce un chiffre et trois syllabes. J’en dis deux ensuite, je vois une couleur, j'entre un chiffre, je cherche dans les rangées de pièces celles qui feront une somme, je cherche et j'additionne. Dans la main droite cette somme, que je balance ensuite dans la main gauche. J'ouvre la paume, je rends une couleur, plusieurs morceaux de métal avec des numéros dessus. Parfois je ne rend rien. Je prononce à nouveau mes deux syllabes, « merci », j’en rajoute trois, « au revoir ». Ca dure pas bien longtemps, mais ce n’est jamais pareil.

A chaque fois, c’est le même travail mais avec des visages différents. Les moteurs sont différents, les modèles les couleurs tout aussi, le bruit est différent, les paumes plus grandes où plus petites, une réponse où non aux syllabes se fait entendre différemment. Pendant 450 minutes à chaque fois, la machine à remonter les joues, à compter, à citer sa dizaine de syllabes, à montrer les dents, fonctionne, s’exécute. Ce qui ne rend pas ce métier routinier ? C’est toujours pareil mais ce n’est jamais les mêmes personnes.

En face de vous seulement, un être tout aussi humain. Au revoir, merci.